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Crédits : BFM TV
Loi

Ne se sentant « pas terroriste », Christophe Castaner ne craint pas la future loi sécuritaire

Ça craint
4 min

En septembre, les députés vont examiner à leur tour le projet de loi sur la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme. Un texte qui vient inscrire dans le droit commun plusieurs dispositions issues de la loi sur l’état d’urgence. Après un cafouillage sur Twitter, Christophe Castaner a trouvé l’argument ultime pour plaider en faveur de son vote.

Comme expliqué dans notre panorama, ce texte va mettre à jour la législation sécuritaire en vigueur en dehors de l’état d’urgence : périmètre de protection, fermeture des lieux de culte, mesures individuelles de contrôle administratif dont une forme d’assignation administrative à résidence, visites et saisies administratives, sans oublier le Passenger Name Record, un super fichier des voyageurs, ou encore la réformation de la surveillance hertzienne après la censure du Conseil constitutionnel...

En approche de l’examen à l’Assemblée nationale, Christophe Castaner est revenu plusieurs fois à la charge pour défendre ce texte. Sur l’antenne de BFM, le porte-parole du gouvernement a eu ces mots, ainsi retranscrits sur Twitter : « Rien ne menace la liberté si cela permet de lutter efficacement contre le terrorisme ».

La liberté vs ma liberté

Inutile de rechercher ce bout de phrase très vite décrié, le tweet a été supprimé par l’intéressé. Peu après, nous l’avions d’ailleurs rediffusé, capture à l’appui. L’effet Streisand a fait alors son cruel office avec un message reproduit plus de 3 000 fois, « liké » près de 1 000 fois…

Face à cette vague, le membre de l'exécutif est sorti de sa réserve pour nous expliquer que son post initial « a été supprimé tout simplement parce que le texte exact prononcé sur BFMTV était "ma liberté" et pas "la liberté"... ». Nuance typographique !  

De retour sur l’antenne de BFM ce matin, l’intéressé est revenu sur l’épisode, pointant un doigt accusateur sur la personne chargée de retranscrire ses propos sur son compte.

« Je ne me sens pas terroriste »

Tout en insistant face à Jean-Jacques Bourdin : « Il y a une vraie différence quand je me prononce et que je parle de ‘ma liberté’ parce que ‘la liberté’, c’est celle des Français, ‘ma liberté’ c’est la mienne ». Sur son envolée, il poursuit : « Je considère, pour ce qui me concerne, que  je n’ai pas à avoir peur des moyens de vérification et de lutte contre le terrorisme, parce que je ne me sens pas terroriste ».

L’argument, qui flirte avec le sempiternel « je n’ai rien à cacher » (voir ce site), a l'épaisseur d'une feuille. Déjà, on n’imaginerait pas une seconde le porte-parole de l’exécutif démonter méthodiquement un projet de loi, produit par ses pairs. La petite phrase rectifiée est surtout pire que la première version, car elle traduit une vision étriquée du respect des droits et des libertés.

Sidération du Syndicat de la magistrature 

« Il est sidérant dans une démocratie d’entendre un responsable politique avoir des considérations aussi absurdes, commente en ce sens Laurence Blisson, représentante du Syndicat de la magistrature. Ce qui est en jeu, c’est trouver un équilibre entre les atteintes qu’on peut porter aux libertés individuelles et les garanties associées. En l’occurrence, aujourd’hui lutter contre ce projet de loi antiterroriste, cela n’est donc pas se sentir potentiellement terroriste, mais au contraire de manière très objective, identifier des dérives extrêmement graves ».

Selon la secrétaire générale du SM, la principale dérive vise les pouvoirs accordés au ministère de l’Intérieur en matière de privation de liberté et d’intrusion. « Les bases sont bien trop floues. En réalité, elle ne vise pas les terroristes, mais une catégorie beaucoup plus large, sans aucune garantie effective, quand bien même a été rajouté un juge des libertés et de la détention dans certaines dispositions ».

Pour la représentante, il faut avoir peur de ce projet de loi « car il est susceptible de concerner tout le monde s’agissant notamment de la fouille dans l’espace public et des possibilités de contrôle aux frontières, mais aussi parce qu’il est susceptible de viser certains de manière arbitraire, en les assimilant à une catégorie pénale de terroristes, sans exiger les éléments suffisants, concrets, précis qu’exige le droit pénal ».

Alors qu'une manifestation contre ce texte sera organisée à Paris le 10 septembre à 15h, au départ du Père Lachaise jusqu’à la place de la République, Laurence Blisson estime que « ce projet de loi augmente le risque d’arbitraire étatique. Et cela ce n’est souhaitable dans aucune démocratie de quelques manières que l’on se sente ».

Publiée le 31/08/2017 à 17:30

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